SYNTAXE URBAINE

2011 | INSTALLATION

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«Qu’on bâtisse des maisons en forme de lettre qui ressembleront à ces plans de villes aperçus de l’avion. De même, que les constructions architecto-graphiques soient assemblées en un mot unique, ayant un sens banal ou neuf, visible ou secret, qui soit la clef du récit architectural, le texte métagraphique vu des hauteurs.»
Isidor Isou

L’Atlas, en étroite collaboration avec l’architecte Philippe Rizzotti présente ici un projet véritablement conçu et pensé par deux sensibilités contemporaines. L’inspiration principale de ce projet est l’idée que l’écriture est, à certains égards, une forme d’architecture, et l’architecture, le tracé de nos villes, une forme d’écriture.

Le point de départ est un motif géométrique, dessiné par L’Atlas, et inspiré de la figure du labyrinthe. L’axe de l’oeuvre est la croix centrale, autour de laquelle s’inscrit géométriquement le nom de l’artiste, distordu jusqu’à devenir illisible. Dans les oeuvres de L’Atlas, les lettres évoquent fréquemment la forme des immeubles. Face à certains de ses tableaux, on croit voir se dresser une ville, avec de hauts immeubles, mais un regard plus attentif distingue bientôt des lettres, et remarque enfin que ces immeubles sont en fait de hautes lettres qui écrivent le nom des villes elles-mêmes, par exemple Paris, New York, ou Istanbul.

Il s’agirait d’y construire, en relief, le motif labyrinthique dessiné par L’Atlas. Ou plutôt : ce sont les espaces situés entre les lettres qui seraient en relief, non les lettres elles-mêmes. Le promeneur marcherait dans le corps même de la lettre, sur un chemin indéfini car distordu, allongé et relié aux autres lettres selon la technique de l’artiste. De chaque côté, formé par des rectangles de différentes hauteurs, isolés ou juxtaposés, le motif se dessinerait, créant un véritable labyrinthe mais, comme en rêvait Gordon Matta-Clark il y a trente ans, «un labyrinthe sans murs», un labyrinthe qui ne génère pas d’angoisse, et dont on peut enfreindre le cheminement déterminé. En effet, les rectangles dessinant la bordure des allées seront de hauteurs différentes, aléatoirement différentes, permettant au passant de lacer sa chaussure, de s’asseoir un moment ou d’y grimper. Certains de ces rectangles seront en béton bruts, d’autres seront en verre opaque, éclairés à l’intérieur. Cette oeuvre propose une intensification des aventures possibles. Il favorise la flânerie, la rencontre. Le quartier en bénéficiera car le lieu deviendra un point de rencontre, un lieu de promenade. Selon la psychogéographie définie par les situationnistes, le milieu influence les comportements et les états d’esprit : « Il faut construire des atmosphères inhabitables; construire les rues de la vie réelle, les décors d’un rêve éveillé. (…) L’urbanisme unitaire n’est pas idéalement séparé du terrain actuel des villes. (…) Les urbanistes du XXe siècle devront construire des aventures. »

Ce labyrinthe est une ode au déplacement, aux parcours invisibles que chacun dessine quand il marche dans la ville. Thierry Davila écrit, dans Marcher, créer : « Le piéton planétaire dessine sur le sol de la ville qu’il arpente, au gré de ses parcours occasionnels et hasardeux, des figures non linéaires, sinueuses et complexes, qui ne correspondent généralement à aucun motif lisible. (…) Cette absence de linéarité repérable fait de la ville un modèle architectural proche du labyrinthe, comme Benjamin l’a bien noté, et du flâneur celui qui le parcourt sans répit, avec l’insistance du dandy : «La ville est la réalisation du rêve ancien de l’humanité, le labyrinthe. Le flâneur se consacre sans le savoir à cette réalité.»

L’Atlas et Philippe Rizzotti se proposent d’ «insérer une fable dans la vitesse de la mégalopole». Il faut concevoir ce projet comme un rythme donné à la ville et proposé au passant, un rythme plus humain, le rythme du jeu ou de la promenade.

La silhouette de la ville devient lisible. L’Atlas exposait déjà, en janvier 2008, une sculpture qui s’apparentait à la maquette d’une ville, mais dont les immeubles étaient composés de lettres réalisées avec sa typographie passée en trois dimensions. C’est conscient de ce désir, chez l’artiste, d’un passage à la troisième dimension, et à l’inscription de son oeuvre dans les villes qui lui sont chères, que Philippe Rizzotti intervient. Il transpose le motif en trois dimensions et l’inscrit dans un lieu très passant du XIIIe arrondissement de Paris, encore peu mis en valeur : la place située devant le cinéma MK2 du quartier et l’une des sorties de la Bibliothèque François Mitterand, le long de l’avenue de France.

Maîtrise d’Oeuvre :
Situation :
Budget :
Études :
Images :
Philippe RIZZOTTI | L’ATLAS
Paris XIII | ZAC Masséna – France
500 K€
Esquisse
P. RIZZOTTI
Maitrise d’Ouvrage :
Programme :
SHON :
Construction :
Fiche Projet :
ZAC Masséna
Sculpture Urbaine
900 m2

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