© Philippe RIZZOTTI

Plan

3 Pavillons à l’EPFL

2012   Architecture

Le désir comme programme et la grille comme préalable à toutes ses formes.

 

L’emplacement des pavillons nécessite dans un premier temps un questionnement induit par le positionnement et le contexte. Un ouvrage trop imposant et lourd aurait pour effet de se mettre directement en concurrence avec les bâtiments adjacents ou alors d’unifier le traitement et ainsi casser l’aération générée par la place .
Un ouvrage trop fragmenté provoquerait quand à lui un risque d’espaces résiduels et la difficulté de leurs gestions. Les grands axes se croisant perpendiculairement en bordure de la place Cossanday , il apparaît opportun de situer l’ouvrage à cet emplacement , il prend ainsi lieu et place dans des trajectoires visuelles totalement dégagées, cette position articule et irrigue naturellement toutes les directions du campus. Les pavillons constituent dès lors des repères visuels aisés qui n’ont pas nécessité à se distinguer par leur forme ou gabarit.

 

Afin d’éviter une fragmentation générant de multiples placettes, mais également de permettre d’articuler, de fusionner et de mutualiser l’espace et les liaisons entre les programmes, le parti est pris de regrouper tous les pavillons sous une seule forme. Les multiples programmes se glisseront dès lors sous une unique toiture, la “canopée “. Par sa dimension et son emplacement, en s’implantant à la croisée des voies, la toiture structure naturellement trois directions correspondantes elle-même aux 3 programmes que sont le pavillon welkom, le pavillon culturel et artistique et le pavillon Montreux Jazz Lab.

 

La canopée redéfinit ainsi la place Cossandey et recontextualise les voies surdimensionnées en véritables places dédiées. Chaque orientation articule dès lors une place thématique :

 

1)A l’est, la promenade devient aussi l’avenue Welkom pour dérouler le tapis rouge aux visiteurs
2) au nord, l’esplanade et la galerie qui peut laisser glisser les œuvres d’art à l’extérieur.

3)au sud, la place Cosandey sur laquelle les spectateurs peuvent assister aux événements offerts par le café Montreux et son festival.
Le dénivelé de l’avenue de la galerie au Nord est géré d’une manière simple par une rampe, elle reprend à l’identique le traitement de la rampe qui apparaît au sud de la place Cossandey ceci afin d’apporter une résonance et une identité aux aménagements extérieurs. La canopée est une trame systématique et conceptuelle qui se déploie en tant que tél., elle trouve naturellement des limites matérielles et factuelles sur le site.

 

Elle trouve sa limite au Nord afin de libérer l’accès dans la pente. Elle trouve sa limite au sud pour laisser libre l’emprise au sol nécessaire défini par le Balélec et le Montreux Jazz Festival. À l’est et à l’ouest, les arbres sont conservés et perturbent ponctuellement la géométrie. Au-delà d’une simple réponse programmatique, d’une simple fonctionnalité, il s’agit ici de se rapprocher de la notion de milieu.
Ce milieu se veut actif et a pour rôle d’offrir une nouvelle centralité au campus, d’un point de vue urbain et social il se rapprocherait plus de l’idée d’un forum, d’une agora, ou d’une halle en tant que lieu d’échange, bien qu’étant assez éloigné d’un point de vue technique et sans aucun lien avec leurs architectures et leurs formes, mais surtout rapport aux capacités de gestions d’ambiance qu’il offre.

 

Il se veut également expérimental en se caractérisant par une fluidité, une plasticité, la possibilité d’être reconfiguré spatialement dans sa totalité. D’un point de vue technique, le pavillon se rapproche de l’idée d’un laboratoire d’expérimentation des espaces dans lequel tout est paramétrable. L’ouvrage résultant ne fait à priori aucune référence à un style, une forme ou un design particulier, il prend pour chemin un gabarit régulier de 5 m de hauteur correspondant à la dimension requise dans sa plus grande hauteur. Seul le Montreux Jazz Lab demandant un plus grand volume déforme ponctuellement la canopée, il s’agit par ailleurs d’un objet technique autonome développant un traitement et une orientation qui lui est propre.

 

L’ouvrage se base sur une trame structurelle simple et régulière de 9 x 9 m, c’est avant tout un pur produit technologique, un entremêlement de couche technique répondant chacune à des problématiques qui leur sont propres. L’ouvrage tient plus d’une géographie que d’un bâtiment. Au sol se dessine un territoire issu d’un tissage technique pouvant alimenter l’ouvrage dans sa totalité, il superpose grille structurelle destinée à supporter les fortes charges, quadrillage électrique destiné à irriguer la totalité de l’espace, et trame d’aération contrôlable dans sa totalité.

 

Au plafond, un ciel technique se déploie, contrôlant le climat et l’ambiance. Une multiplicité de couches se superpose afin d’y répondre. Les rayons solaires sont contrôlés par des protections mobiles permettant de gagner des calories suivant la saison autant que d’éviter toute surchauffe. Une première verrière permet d’étancher la canopée, une deuxième permet d’aplanir le plafond pour répondre à la mobilité des cloisons, la lame d’air contenu entre les deux jouant le rôle d’isolant thermique et d’extraction d’air, différents dispositifs rétractables peuvent également être installés afin de diffuser uniformément la lumière ou de complètement l’occulter. Les structures secondaires de la verrière se développent également en grille et remplissent plusieurs rôles, fixation pour la scénographie ou la muséographie, réseaux électriques offrant la possibilité d’y déployer des éclairages ou autres installations comme des écrans.

 

Les murs agissent quant à eux comme des frontières. On peut en distinguer deux types, les mobiles permettant de faire et défaire les territoires, et les statiques agençant la structuration minimum des pavillons autour d’équipements fixes comme les points d’eaux, les réserves/stockages ou la cuisine. Les frontières statiques définissent les 3 pavillons au travers d’une programmation minimale générant un zoning fonctionnel naturel. Les frontières mobiles quant a elles agissent comme des boucliers, chaque segment est autonome, ils isolent phoniquement et thermiquement afin de créer un tampon entre intérieur et extérieur, ils disposent également de dispositifs antieffractions; il s’agit de véritables murs transparents cintrés et définissant par leurs stabilités et leurs autonomies toutes les possibilités d’agencements avec ou sans assemblage possible.

 

Il existe ainsi 2 états pour ces segments; le mode mobile articulé par un système spécifique de roulement à billes et le mode stabilisé qui assure l’étanchéité et fige l’état de la cloison au travers de cousins isolants qui rentrent en contact avec les parois. 3 types de rayons se combinent afin de permettre un nombre élevé d’agencements. Les parois peuvent être occultées avec simplicité par des textiles, un certain nombre de segments disposent également de portes.
Le Montreux Jazz Lab constitue un objet singulier, nécessitant un équipement spécifique et technique particulier il dispose donc de sa propre structure et infrastructure et d’une logique de reconfiguration qui lui est dédiée. Le Montreux Jazz Lab adapte son agencement et son acoustique suivant sa destination, il permet ainsi de développer 3 grandes orientations, celle de café, de cinéma ou de concert.

 

Chacune de ces orientations peut être privilégiée et entièrement dédiée, comme il est également possible de les combinées toutes dans un même temps. La transformabilité du Jazz Labb est assurée par un praticable (plancher mobile de scène) et des cloisons mobiles rayonnantes offrant ainsi la possibilité de reconfigurer l’espace en trois dimensions .

 

Un lieu qui est totalement ouvert quand on le peut autant que fermé si cela est nécessaire. Un lieu dans lequel les scénarios d’usage demandé ne seront que des programmations possibles parmi d’autres. Plus qu’un symbole, il faut ici inventer un système .

Maîtrise
d’œuvre
PRA
Situation
Lausanne, Suisse
Budget
17 M€
Études
Concours
Équipe
Philippe Rizzotti, Tanguy Vermet, Manal Rachdi, Patrick O'Connor, Ute Rinnebach
Maîtrise
d’ouvrage
EPFL
Programme
Planification urbaine
Surface
2 400 m²
Statut
Non retenu
Partenaires
OFF Architecture (mandataire), Marc Fornes & Samuel Nageotte Architectures (architectes associés), Ingphi (structure)